WEST, Bill (XX-XXI)


Biographie : Artiste au long parcours et à la côte en hausse, que l'on retrouve aujourd'hui dans de bonnes collections marocaines, car Bill West peint le Maroc où il réside. Bill West, le grand peintre anglais qui vit à Oualidia expose ses derniers travaux à Azemmour à la Maison Oum Rabia chez Saïd Tlemçani. Un homme sans âge. Un visage qui sarcle la nuit. Un dos cambré qui lève le soleil derrière lui. Puis un pas qui ouvre devant un visage muré la voie du silence. Il y a ensuite cet œil d’ubiquité qui dit le caché derrière l’opacité des jours. C’est cela, dans un sens, ce que dégage la silhouette à la fois enchantée et désabusée de Bill West. Un peintre qui aborde le monde dans ses extrémités les plus incertaines, qui défait devant nos yeux les couleurs de l’humain sur un chemin à réinventer. C’est que pour Bill West, l’homme est à l’avenir, une entité enracinée dans le présent qui charrie son passé pour laisser transparaître une lueur de demain. Dans ce cri, pas si loin de celui de Munch sur les berges d’une eau résolument autre, changeante, future, Bill se saisit de nos obscurités pour leur imprimer une pointe de lumière. Il scalpe de l’éclat de ses couleurs les fragments d’un cœur qui palpite et quand il s’incline, il … aime encore. Puis dans cette féria du coloris, il y a ce pied insoumis. Ce bras irréductible, cette corpulence qui marche sur le chagrin, comme un rouleau compresseur. Elle le peint en rondeurs incertaines, en finalités déchiquetées, en teintes de bonheur crispé. Chez Bill West, l’homme ne meurt pas. Tel un arbre, il trouve son éternité debout. Il marque un espace et lui imprime un don. De soi, des autres, de la vie d’avant, de celle qui promet de venir. Comme dans un rêve de conscience où l’humain à quelques secondes d’avance d’imagination. Comme si le cadran qui nous sert de boussole se met tout à coup à marteler l’essence, qui, elle seule, peut encore, valoir quelque chose. Bill est le peintre de la conscience, de la folie, de la colère, de la rage et du pardon. L’homme chez Bill West est un enfant qui refuse de grandir et qui fait des pieds de nez à l’existence et au monde. Il en dit la démence, souscrit à ses dérives, aime ses infinités, abhorre son achèvement. Bill se sert de la couleur comme d’un marqueur d’espace, un compas pour brouiller les mesures dans un réel mouvement vers l’insensé. Ici, l’humain ne recule jamais. Il n’emprunte pas la sente de ce miroir qui nous est cher pour délimiter ses propres phantasmes. Non, il s’oblige à marcher, le dos plein de sève vers la pointe extrême où le soleil célèbre les épousailles du désert. Celui du cœur, de l’âme aride qui aspire à d’autres nourritures. Pas seulement célestes, mais telluriques. Comme un gage à cette mère porteuse qui donne sans attente. Dans la peinture de Bill West, il y a du feu et de la glace. Une atmosphère joyeuse traverse pourtant les limites de la toile comme si le peintre faisait naître de la rencontre des éléments des corps à la lisière de la perfection. Des anges déchus. Des anges morts de leur éternité. Des corps surdimensionnés, sans vérités, sans fioritures. Des êtres qui portent dans le giron l’illusion de soi, une ébauche de la destinée. Dans cette puissance qui frôle le démiurgique, il y a cette orgie, ces dionysies qui font que le monde éclate en fragments dans un saut entre soi et sa propre négation. Et, là, dans le creux du non-dit, il y a les blessures, les balafres sur le corps d’un ressuscité. Il y a l’amour qui n’a que les yeux pour crier. Il y a un homme écorché, gorgé de chaleur qui va, pieds nus, vers une sente, qu’il ne connaît pas encore et qui nous dit que la vie est belle, mon vieux, qu’elle est belle quand elle se pare de nuit avec le soleil pour seule étoile.

Suivez Memo Arts :

Memoarts met à votre disposition un grand espace ambivalent, car à la fois virtuel et physique, qui vous permet à la fois de vous cultiver et d’acquérir ou céder des objets d’antiquités et des œuvres d’art dans des conditions maxima de confort, physique et intellectuel, et de garantie.